Mayotte: une affaire de générations
Publié le 12/10/2009 à 16:34 par inoussa
Au moment où le « Comité Maoré » fait du lobbying auprès des autorités politiques du pays pour que la question maoraise soit inscrite à l’ordre du jour de l’assemblée générale de l’ONU, je ressens la nécessité d’exprimer mon témoignage et mon point de vue sur cette question épineuse.
A la lecture des chroniques de « Madjuwani », des articles d’une des grandes plumes de la presse nationale, Ahmed Ali Amir et de la controverse opposant le service culturel de l’ambassade de France à Moroni à une partie des artistes et intellectuels du pays, je me dois de réagir et d’exprimer cette petite voix dissonante dans ce brouhaha médiatico – politique.
Je n’ai aucunement l’intention de donner des leçons à mes anciens compagnons de route avec lesquels nous avions mené et partagé des combats communs à Moroni et en région parisienne dans les années 80. J’admire, au contraire, leur honnêteté intellectuelle, leur combativité et leur attachement à cette noble cause : Mayotte est une île comorienne.
Immigré en France depuis 28 ans, j’ai la chance d’avoir la double nationalité, comorienne par le sang et la naissance et française pour l’avoir volontairement sollicitée et acquise .
Pour la génération de mes enfants ( mon aîné a 22 ans) qui n’a pas connu les années de lutte pour l’indépendance et l’intégrité territoriale du pays, j’ai envie d’apporter ce témoignage, dénué de tout esprit partisan ni idéologiquement marqué pour que les jeunes nés ici comprennent une chose : « le contentieux franco-comorien » sur la souveraineté nationale est une affaire juridique et constitutionnelle complexe qui mérite un règlement politique.
J’ai envie d’expliquer à ma fille que nous étions nombreux dans la seconde moitié des années 70 à militer et à nous battre pour Mayotte, la comorienne.
Au lycée Said Mohamed Cheikh comme dans les chambres des cités universitaires Jean Zay d’Antony et de Nanterre, jeunes maorais, anjouanais, mohéliens et grand comoriens, nous devisions sur le sujet et dénoncions avec force et conviction « l’occupation illégale de Mayotte par la France » et la balkanisation de l’archipel.
Cette lutte anti-coloniale et anti-impérialiste impulsée par le Molinaco et le parti socialiste des Comores (Pasoco) était menée et portée par l’ASEC et le jeune mouvement de la « culture nouvelle » Msomo wa nyuméni.
Elle a fait la gloire et la joie d’une génération de lycéens et d’étudiants, cette frange de l’élite naissante qui se voulait la plus éclairée pour conduire les masses vers la révolution nationale démocratique et populaire , « Démocrasy Mpiya » , pour les connaisseurs.
C’est l’époque où l’on entonnait les chants patriotiques de l’ASEC, l’UFAC, l’ARC, UKINTSI et beaucoup d’autres, sous la menace de l’omniprésente police fédérale d’Abdou Mdoihoma, Malidé, Gilbert et Mzé Hamadi Mtsenga, bien encadrée par les affreux de Bob Denard.
Je veux qu’elle sache qu’il y a peu dans cet archipel qu’elle admire quand elle y séjourne pendant les vacances d’été, ces chansons engagées et militantes conduisaient beaucoup de jeunes dans les geôles de l’ancien bâtiment « DARIEUX », cette prison citerne inaugurée sous le règne de « l’Etat lycéen » d’Ali Soilihi, aujourd’hui transformé en haut lieu du patrimoine culturel et de la recherche scientifique du pays. Belle revanche de l’histoire.
En dehors des foyers des jeunes, des cités U, la revendication de l’intégrité territoriale recueillait peu d’écho et d’adhésion dans la classe politique sous le règne des féodaux et de l’opposition blanche et rose incarnée par Mouzaoir et les soilihistes.
Le président Ahmed Abdallah comme les partis de l’opposition s’accommodaient fort bien de la partition du territoire que la gauche française promettait de mettre fin dans les 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981.
Aujourd’hui, le comité maoré mobilise autant qu’il peut et exerce une forte pression politique pour que cette revendication soit portée par l’ensemble de la nation comorienne. Noble cause que celle de clamer haut et fort l’appartenance de Mayotte à l’ensemble comorien.
J’entends expliquer à ma fille que la comorianité de cette île ne souffre d’aucun doute. Mayotte, de par sa composition géographique, son histoire, sa langue, sa religion, ses us et coutumes, ressemble comme une goutte d’eau à ses voisines d’Anjouan, de Mohéli et de Ngazidja. Certes, chacune possède sa singularité mais notre patrimoine ethnique, religieux, culturel et linguistique est commun.
Je veux qu’elle sache aussi, que l’histoire est faite de moments où les hommes qui dirigent les nations se querellent, se divisent, se combattent pour leurs intérêts personnels ou de leurs groupes sociaux.
Mayotte, ma fille, n’a pas échappé à cette règle. Elle a connu un triste sort, le jour où le malgache, Andrianatsoly s’installa et décida en avril 1841 de livrer l’île au capitaine Passot qui l’acheta au prix d’une bouchée de pain.
De ce jour, débuta le processus de la colonisation de notre archipel qui connût son sacre en 1912 , date de l’annexion des protectorats d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore, après que nos sultans aient abdiqué.
Cette histoire, ma fille, tes cousines nées de l’autre côté de la rive, à Mayotte, ne la connaissent pas. Comme toi, elles apprennent dans les manuels que cette île est une partie du territoire français, fraîchement départementalisée . Elles se revendiquent plus françaises que toi qui, pourtant, es née dans le 93 ou la Sarthe.
Toi, qui connais les quatre saisons, t’émerveilles quand tu vois la Seine, la Loire, les paysages du Vexin et les campagnes de Normandie…Toi, qui au bas de l’imposante Tour construite par Gustave Eiffel, te sens fière de ce monument qui reçoit les visiteurs du monde entier, ta cousine pense que tu usurpes l’identité française. Elle ne reconnaît pas ton certificat de nationalité et veux que tu sois et restes comorienne. Autrement dit, plus française qu’elle, tu meurs.
Surprenant, me dis tu . Mais est ce de leur faute ? Non, ma fille, les adultes sont passés par là et la politique s’y est mêlée d’un côté comme de l’autre.
De Mayotte à la Grande Comore où reposent tes ancêtres, les hommes publiques qui régentent les affaires du pays s’écharpent dans des batailles politiques et juridiques interminables et oublient l’essentiel : le fondement de notre patrimoine commun.
A mes amis des Comores , où que vous vous trouvez, ce témoignage que je livre à ma fille , est aussi un message qui vous est adressé.
Souvenons-nous de ces deux évènements politiques majeurs qui m’avaient réjoui il y a quelques années mais que nos mémoires ont occultés. L’élection de Said Omar Oili ( CHIBA) à l’exécutif départemental de la collectivité de Mayotte et celle de Soudjayi HAMADI à la présidence de l’assemblée de l’île de Ngazidja.
Ces deux personnalités politiques que j’ai connues et côtoyées pendant quatre ans dans les dortoirs du lycée SMC étaient des camarades de classe . Nous avons préparé ensemble le brevet, le bac et l’avons réussi brillamment en 1979.
Nous avions les mêmes rêves. On a dansé le Shigoma ensemble, joué au foot et nous nous restaurions à la même table au « Réfé ». On croyait tous en la revendication de l’intégrité territoriale des Comores et le Festival des jeunes des îles Comores, organisé en 1979 dans l’enceinte du lycée en témoignait.
Presque quinquagénaires, nous avons tous oublié ce qui nous unissait hier, ce qui nous faisait danser et chanter. Nous ne voulons aucunement nous reparler pour éviter de revisiter cette partie de notre histoire commune qui fâche.
A ces deux là, mais à travers eux notre génération, éparpillée dans les quatre coins de l’archipel et dans la diaspora, je les exhorte à oublier un instant les querelles politiques et à se retrouver pour se parler, à privilégier ce qui les unit et bannir les discours de la haine de l’autre, de la méfiance, du mépris et de l’arrogance.
A mes amis de Moroni, je leur dis que le discours anti-français, le mélange des genres et les amalgames historiques et politiques ne favorisent pas les conditions d’une réelle volonté de réconciliation et d’unification.
Le comorien que je suis et fier de l’être, est aussi un citoyen français, parent d’enfants français, fiers aussi de cette bi-nationalité. Je reconnais sans ambages l’appartenance de l’île de Mayotte à l’ensemble comorien. Mais je trouve injustes, peu crédibles et inefficaces pour ne pas dire dangereux les discours haineux qui frisent parfois la xénophobie qui prospèrent dans certains milieux éclairés. Ils nuisent à la noble cause que l’on défend tous et ne favorisent pas la réconciliation nationale, certes lointaine mais inéluctable .
Aux anciens camarades de dortoirs et de classe, aujourd’hui à Mayotte, je leur demande de cesser de travestir l’histoire, de la nier et d’admettre que des deux côtés de la rive, nous avons un passé commun malgré les chemins différents que nous avions empruntés.
Les violences verbales, les humiliations et les vexations qu’ils font subir à leurs « frères de sang » au nom de leur citoyenneté française n’honore pas la République et les valeurs auxquelles j’y crois aussi profondément.
Ne vous laissez pas enfermer dans cette logique « de la peur et de l’invasion » répandue hélas par la classe politique française.
Etre français ne signifie aucunement renoncer à son identité . Se reconnaître comorien, c’est d’abord et avant tout, accepter d’appartenir à cet espace géographique, forgé dans le temps par l’histoire, la culture, la religion, la langue et les us communs. La citoyenneté comorienne est tout autre chose. Mais c’est un débat d’une autre nature.
Aux outrances politiques et idéologiques prônées par les uns et les autres, il y a de la place pour celles et ceux qui à Dzaoudzi, Moroni et Paris veulent bien engager le dialogue, privilégier les échanges et renouer l’amitié .
C’est la première tentative de réponse que je puisse apporter modestement aux multiples questions que me pose ma fille. Mais j’attends que ces « tontons » de Mayotte et des autres îles veulent bien lui apporter d’autres. Elles seront les bienvenues.
Bakari MOHAMED
:: Les commentaires des internautes ::
plus le temps passe ; plus ce gros .je m explique des villes , des villages , des regions ont cotises ; via cette cotisation;des poteaux des cables electrique ont acheter installes pour avoir l electricite dans villes et villages ; travailles qui devait etre executer par l etat .mais l etat comorien ne l est pas fait ;ou sont passes ce millions. alors que nous n avons toujours pas de l electricite .beaucoup de maladies sont du en partie a cause de cette pegnurie ;cars la poupulation consomme des produits decongeles et redecongeler source de bacterie .ne serait il pas temps que l etat rembourse ,les villes et villages , car ils ont payer de leur poches ,mais de l electricite ils ne connaissent que le nom.pourquoi les compteurs sont ouvert pour augmenter la vitesse de rotation, cet illegale ,merci de bien vouloir me repondre.
plus le temps passe ; plus ce gros .je m explique des villes , des villages , des regions ont cotises ; via cette cotisation;des poteaux des cables electrique ont acheter installes pour avoir l electricite dans villes et villages ; travailles qui devait etre executer par l etat .mais l etat comorien ne l est pas fait ;ou sont passes ce millions. alors que nous n avons toujours pas de l electricite .beaucoup de maladies sont du en partie a cause de cette pegnurie ;cars la poupulation consomme des produits decongeles et redecongeler source de bacterie .ne serait il pas temps que l etat rembourse ,les villes et villages , car ils ont payer de leur poches ,mais de l electricite ils ne connaissent que le nom.pourquoi les compteurs sont ouvert pour augmenter la vitesse de rotation, cet illegale ,merci de bien vouloir me repondre.
Le pays a besoin d'un vrai comorologue et compatriote comme toi .