Une fois n'est pas coutume, nous publions ci-dessous l'intégralité du communiqué publié à Addis-Abeba à l'issue de la 102ème réunion du Comité de Paix et de Sécurité de l'UA sur la crise à Anjouan.
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, en sa 102ème réunion tenue le 26 novembre 2007, a adopté la décision qui suit sur la situation dans l’Ile comorienne d’Anjouan:
Le Conseil,
1. Prend note du rapport du Président de la Commission sur le suivi du communiqué de la 95ème réunion du Conseil sur la situation aux Comores [PSC/PR/ 2(CII)] du 10 octobre 2007 ;
2. Se félicite des dispositions prises par la Commission dans le cadre de la mise en œuvre des sanctions imposées aux autorités illégales d’Anjouan, ainsi que du soutien apporté par la Commission de l’Océan Indien, l‘Organisation internationale de la Francophonie, la Ligue des Etats arabes, l’Union européenne et ses Etats membres et les Etats Unis d’Amérique à ces sanctions et aux efforts de l’UA ;
3. Note avec regret que les autorités illégales d’Anjouan n’ont, à ce jour, pas pris les mesures attendues d’elles, conformément aux demandes des pays de la région et du Conseil. Le Conseil condamne fermement les mesures annoncées par les autorités illégales d’Anjouan pour interdire à des personnalités anjouanaises de quitter ou de se rendre à Anjouan, y compris le Président de l’Union des Comores et des membres de son Gouvernement ;
4. Décide de proroger les mesures contenues au paragraphe 5 de son communiqué PSC/PR/Comm(XCV) du 10 octobre 2007 pour une période supplémentaire de 60 jours, et exhorte les partenaires de l’UA à continuer à appuyer la mise en œuvre des sanctions. En particulier, le Conseil en appelle au Conseil de sécurité des Nations unies pour qu’il apporte son appui aux sanctions imposées aux autorités illégales d’Anjouan ;
5. Demande à la Commission d’intensifier les efforts qu’elle a initiés en vue d’assurer un suivi effectif des sanctions imposées aux autorités illégales d’Anjouan, y compris des visites régulières dans les pays de la région, l’organisation à Moroni d’une réunion d’experts en sécurité des pays de la région, ainsi que le renforcement du Mécanisme de suivi et du Bureau de liaison de l’UA aux Comores et toute autre mesure qu’elle jugerait appropriée ;
6. Demande en outre aux Etats membres d’apporter à la Commission l’appui logistique et autre nécessaire pour faciliter un suivi plus effectif de la mise en œuvre des sanctions imposées aux autorités illégales d’Anjouan. Le Conseil réitère la nécessité de renforcer la Mission d’assistance électorale et sécuritaire de l’UA aux Comores (MAES) et, à cet égard, encourage les pays contributeurs de troupes à déployer des troupes additionnelles et à apporter toute l’assistance requise à cet effet. Le Conseil décide de proroger le mandat de la MAES, qui doit expirer le 31 décembre 2007, pour qu’il coïncide avec la durée des sanctions imposées aux autorités illégales d’Anjouan, tel que stipulé au paragraphe 4 de la présente décision ;
7. Lance un appel à tous les partenaires de l’UA pour qu’ils continuent à appuyer la mise en œuvre des sanctions et les efforts déployés par l’UA pour un règlement rapide de la crise à Anjouan ;
8. Réaffirme l’engagement de l’UA à explorer toutes les voies en vue de parvenir à une solution pacifique et négociée à la crise sur la base du cadre du Cap et de Prétoria, tel que défini par le Comité ministériel des pays de la région. Le Conseil demande aux pays de la région de se réunir et de lui soumettre toute recommandation qu’ils jugeraient appropriée sur la voie à suivre ;
9. Décide de rester saisi de la question.
Les députés de Ngazidja ayant voté contre la loi rectificative de finance, en octobre dernier, n’auraient pas perçu leurs salaires du mois d’août, selon le quotidien La Gazette des Comores. Certes, le ministre des Finances de l’île avait menacé de geler les soldes de ces parlementaires en guise de représailles, mais on avait mis cette réaction sur le compte de la déception. Mais, voilà qu’Ali Issa vient de mettre sa menace à exécution. Encore une fois, le gouvernement Abdouloihabi affiche un certain mépris vis-à-vis des règles élémentaires de la démocratie. Qui veut transformer Ngazidja en «
une île bananière » ?
Notre collaborateur à Anjouan, Kamal Ali Yahoudha, nous livre ici les dernières nouvelles du front.
A Mutsamudu, la rue a accueilli avec satisfaction le rassemblement de la Place de l’indépendance, dimanche dernier. Un mouvement clandestin pour la libération d’Anjouan a même fait signer une pétition contre l’embargo, mais pour une opération militaire à Anjouan. Selon des informations sûres, les initiateurs disent avoir recueilli quelques 25.000 signatures. La pétition aurait été envoyée au Comité de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine. Les forces de Mohamed Bacar bougent beaucoup ces dernières 48 heures. Les patrouilles nocturnes ont repris timidement. Et les véhicules et motos qui font le trajet Moya-Mutsamudu sont soumis à des fouilles systématiques. Un passager venant de Sima lundi nous a ainsi confié : « les gendarmes sont stricts. Ils fouillent les véhicules, les sacs… Je ne comprends pas ce vent de panique chez Mohamed Bacar ». Du côté des proches du président Sambi, c’est l’incertitude. Des rumeurs font état d’arrestations imminentes dans le milieu, mais qui auraient été retardées par l’opposition ferme de Caabi El-Yachourtui. Une information à prendre avec des pincettes. Une chose est sûre : Mohamed Bacar préparerait bien un plan B au cas où une intervention militaire allait se faire sur Anjouan (malgré les dernières conclusions du CPS). C’est le fief de Sambi, la Médina de Mutsamudu qui s’inquiète le plus. Des voix s’élèvent pour dénoncer un complot contre la ville native de Sambi. Un tract encore en circulation à Mutsamudu dénonce l’attitude du pouvoir anjouanais et l’accuse de vouloir s’en prendre à ceux qui critiquent le séparatisme. Le pamphlet va plus loin en affirmant la gestation d’une résistance à caractère militaire à Anjouan.
Mutsamudu, le 27 novembre 2007, la capitale de l’île s’est réveillée avec la gueule de bois, après l’annonce, par RFI, de la reconduite des sanctions contre les autorités rebelles d’Anjouan. C’est la mort dans l’âme que la population a appris les conclusions du Comité de paix et de sécurité de l’UA. Elle ne veut plus croire à un dénouement rapide de la crise. Selon des commentaires d’un proche du pouvoir de l’Union à Anjouan : «
C’est en quelque sorte un feu vert à peine masqué de l’Union africaine pour que le gouvernement comorienne puisse intervenir à Anjouan. Le gouvernement réagira au moment opportun. Je ne crois pas que Sambi acceptera de laisser le peuple souffrir encore 60 jours ». Le gouvernement Bacar, pour sa part, multiplie les apparitions radiotélévisées pour dénoncer les pratiques du gouvernement de l’Union et l’Union africaine. Certains partisans de Bacar n’ont pas hésité, depuis dimanche, à faire comprendre à la rue que l’Union africaine ne prendrait pas de sanctions contre Anjouan. Il n’y aura pas d’embargo à Anjouan, ni débarquement. Jusqu’ici, apparemment, les séparatistes ont gagné des points au sein de la population. A M’roni (Place publique de Mutsamudu), les commentaires ne prédisent rien de bon. La population est très abattue, d’autant plus que silence du gouvernement de l’Union fait croire à la rue que Sambi a le dos au mur. Une mère de famille me disait ce matin que «
il ne reste à Sambi que deux options sur les trois qu’il avait proposées le jour de l’id. Soit il envoie l’AND mettre fin à la rébellion, soit il vient faire ses prêches à la Mosquée de vendredi. C'est-à-dire, qu’il démissionne comme il l’a dit et on ne parle plus des Comores. C’est fini ! ». Le spectre d’un débarquement sème la panique dans les rangs de la FGA. Un nombre non négligeable des soldats aurait déserté. On parle de 60 le nombre de soldats qui ont regagné Mohéli et Moroni, selon des sources proches de l’Union à Anjouan. A Moroni, on n’a recensé qu’une dizaine.
Le FD cherche à se rapprocher de l’Union. C’est, en tout cas, le sentiment des observateurs locaux à la lecture des conclusions du dernier congrès de la fédération de Ngazidja. Et contrairement à ce que l’on dit, les diatribes de Mohamed Issimaila contre le régime Bacar reflètent bien la position (officielle ou officieuse) du parti. Jusqu’ici, l’une des critiques que l’on a souvent formulées contre le FD est d’avoir, sous le règne de Mzé Soulé Elbak, prêté main forte à Mohamed Bacar dans ses errements séparatistes. Pour une formation politique qui a bâti sa popularité sur le combat pour l’unité nationale, il s’agissait d’une erreur stratégique fondamentale. Serait-elle aujourd’hui entrain de se racheter ? Mohamed Abdou Madi a eu cette réplique au discours de M. Issimaila d’hier, à la Place de l’Indépendance : «
Si Mohamed Bacar est dans l’erreur, ce ministre-là est pour quelque chose puisqu’il l’a maintes fois conforté dans ses positions ».